Julia Le Dref
Mes dessins et mes sculptures prennent racine de nos espaces familiers pour donner naissance à un habitat devenu inhospitalier. Comme si nos intérieurs avaient été traversés par des intempéries, des dérèglements. Car une fois la beauté des souvenirs effacée, que reste-t-il ? Une simple ossature d’étagère. On est loin du fantasme du souvenir. Et ce qui demeure n’a rien d’attrayant. S’il ne subsiste même plus la mémoire, alors que reste-t-il ? Quelque chose d’inhabitable. De nu. De laid.
Je cherche à faire résonner ce glissement : du familier à l’étrange, du vivant au vestige. Entre mémoire intime et disparition collective, je tente de faire émerger un langage plastique qui interroge notre rapport aux lieux, au temps, et à ce que nous laissons derrière nous.
« Je pense savoir ce que j’ai à faire avec toutes ces sculptures qui semblent, ou qui renvoient à un espace domestique : l’envie de poser un livre sur cette étagère, s’allonger sur le lit, m’attabler, tirer les rideaux…
mais les gestes se perdent face à la désillusion
cet espace n’existe plus,
ou n’a jamais existé »