1 · Programme Mutations Urbaines
Le programme de recherche transdisciplinaire Mutations urbaines s’inscrit dans le prolongement des enseignements de Licence et de Master délivrés par l’équipe de l’option Design de l’ENSAD Dijon (studios de projet, cours, ARCs, workshops). Il réunit designers, architectes, scénographes, paysagistes, artistes et théoriciens tous domaines confondus dans un espace commun de réflexion, d’imagination, de proposition et d’expérimentation urbaines fortement enracinées dans les réalités écologiques, sociales et politiques de la ville à l’ère de l’anthropocène.
Le design, longtemps cantonné dans la sphère du marketing, constitue aujourd’hui un ensemble ouvert de réflexions, de pratiques et de dispositifs, au croisement de la recherche et de la création, travaillant, à même la perception sensible (« affordance »), sur les représentations et les usages de notre environnement, comme vecteurs de transformation des espaces urbains. Penser et pratiquer la ville comme un écosystème à part entière, prendre soin (« care ») de la biodiversité végétale et animale qu’elle abrite, promouvoir une agriculture urbaine visant une autonomie alimentaire sans danger pour l’environnement, et plus globalement repenser les relations ville/nature, cela suppose ainsi une réflexion sur les activités et les temporalités socioéconomiques de la ville.
À l’image des slow cities qui essaiment partout dans le monde, les villes doivent aussi incorporer les mobilités douces (vélo) et les moyens de déplacements non carbonés dont la croissance actuelle est révélatrice. L’éco-design réfléchit aux impacts environnementaux des matériaux et des formes qu’il met en œuvre, prône le low tech, le do it yourself, l’auto-construction et le réemploi, en s’inspirant des pratiques vernaculaires.
Cette relation au travail de la matière nourrit une relation à l’espace par le réinvestissement des zones laissées vacantes ou sans qualité par la modernisation ou la crise économique : friches industrielles et interstices urbains peuvent être les lieux d’un « urbanisme transitoire » où s’expérimentent des manières autres de vivre collectivement la ville, et une place de parking ou un frontage devenir par micro-intervention (acuponcture urbaine) des espaces d’ « urbanisme tactique » comme autant de gestes — légers et joyeux, temporaires et festifs — visant à reconquérir les rues.
2 · Programme de résidence de recherche-création en arts sonores
Fondé sur le partenariat de l’ENSAD Dijon avec le Centre National de Création Musicale Ici l’onde (dir. Nicolas Thirion), ce programme de résidence de recherche-création en arts sonores s’inscrit dans le prolongement de la journée d’étude La Musique du futur (8-9 décembre 2021) et s’articule au programme d’enseignements théoriques et pratiques délivrés en Licence et Master, ainsi qu’à l’Atelier de Recherche et Création (ARC) « Arts sonores » qui en constitue le centre de gravité.
En s’appuyant sur les moyens mis à disposition par les deux institutions partenaires, ce programme donne à un·e artiste (musicien·ne ou non) et/ou un·e designer·euse la possibilité de développer et d’exposer son travail de recherche-création dont le centre de gravité est le phénomène sonore, alliant pratiques artistiques et savoirs théoriques, en privilégiant trois perspectives étroitement articulées les unes aux autres :
L’interrogation sur les genres musicaux
Leurs spécificité et historicités respectives, mais aussi et surtout leurs porosités et leurs déconstructions réciproques. La réflexivité engendrée par la confrontation entre les musiques contemporaines (fondées sur l’écriture), les musiques expérimentales (fondées sur la manipulation, électronique ou non, du son) et les musiques pop (qui ne se réduisent pas aux productions de l’industrie des hits mainstream), et l’enrichissement théorique des pop music studies, autorisent un regard critique sur les multiples généalogies des arts sonores (de John Cage à Pierre Schaeffer, du field recording à Fluxus, de l’Ambient à Alvin Lucier, de Max Neuhaus à La Monte Young, de Karlheinz Stockhausen à Eliane Radigue, de David Bowie à Aphex Twin, etc.) et renouvelle l’interrogation sur les relations entre écriture, performance et enregistrement, entre pratiques professionnelles et pratiques amateures, du high tech au low tech.
L’anthropologie de l’écoute
L’écoute comme attitude corporelle et comme pratique sociale médiatisée par les (sous-)cultures et les technologies audiovisuelles. Comme nous l’indiquent les développements de plus en plus importants des sound studies, l’écoute constitue un moyen de connaissance sur les structures historiques et techniques des cultures dans leurs dimensions tout autant esthétiques que sociales et politique. Reconsidérant ce que Jonathan Sterne nomme « la litanie audiovisuelle » (Une histoire de la modernité sonore), ce sont les relations entre le sonore et le visuel (le sons dans les arts plastiques) qui sont scrutées sous l’angle, non plus du regard, mais de l’oreille.
Critique du design sonore
La standardisation de la sensibilité par le capitalisme des industries discographiques et la captation de l’attention par le design sonore, impliqué tant dans les enjeux commerciaux que sécuritaires, engage une réflexion critique sur la manière dont les pratiques artistiques peuvent remettre en mouvement (en liberté) nos appareils de perception : comment réensauvager une écoute domestiquée par un design conçu comme décor de la marchandise ?
Se tenant pour partie au sein de l’école nationale supérieure d’art de Dijon, le programme de résidence de recherche-création en arts sonores, dont cette première année va permettre de définir les contours, comprend, où le volet de recherche-création à proprement parler s’articule à des interventions pédagogiques, et permet à l’artiste en résidence d’exposer son travail.
3 · Programme Peinture et couleur
À l’origine école de dessin, l’ENSAD Dijon développe en son sein un programme de recherche centré sur les pratiques actuelles de la peinture.
Ce programme s’inscrit dans le sillage des enseignements délivrés aux étudiant·es en Licence et Master (cours théoriques et ateliers, ARCs et workshops). Il s’appuie sur les espaces et les structures de l’école consacrés à la peinture et à la couleur : l’atelier de peinture et l’observatoire européen de la couleur (ECO), qui cartographie les relations entre théories scientifiques de la couleur et pratiques artistiques contemporaines.
Associant étroitement critique historique, réflexion théorique et pratique expérimentale, les activités du programme de recherche « Peinture et couleur » se veulent ouvertes et multiformes : invitations d’artistes internationaux en présence d’une de leurs œuvres (Olivier Mosset, Pierre Mabille, Eva Nielsen, Philippe Mayaux et Yan-Pei Ming), conférences et cours théoriques sur l’histoire et l’actualité de la peinture (Michèle Martel et Bernard Marcadé), workshops avec des artistes invités (Amélie Bertrand, Christophe Cuzin ou Élodie Boutry…), expositions d’étudiants dans des lieux professionnels de l’art.
4 · Programme Art & Design Des Terres
Ce projet de recherche propose de constituer un éventail de réponses à l’appel des naturalistes des terres à « (re)lancer un réseau des naturalistes en lutte pour qui la pratique ne doit pas se résumer à la seule contemplation ou à l’inventaire du désastre. »
L’ambition tout autant théorique que pratique de cette recherche consiste à tenter de comprendre, en tant qu’artistes et concepteurs, comment rendre possible la cohabitation, au sein du système terre entre l’ensemble des êtres vivants, humains et non-humains, et plus précisément comment soigner les relations avec les milieux et les écosystèmes. Le socle méthodologique de cette action consiste en une opération fondamentale de décentrement, revenant à désanthropocentrer les usages, notion fondamentale d’un large spectre des design (de la conception industrielle au design social) et ce d’un point de vue résolument post-extractiviste.
Penser les pratiques de terrains en art et en design dans des dynamiques collectives de cohabitation suppose de d.passer ou de reconfigurer la commande institutionnelle des territoires. Même s’il peut être question d’un potentiel design des instances, ceci n’est pas une carte blanche sur laquelle tout serait à inventer. Nous héritons, étudions, rentrons en relations avec des dispositifs existants : les dynamiques d’habitat partagé, les nouveaux commanditaires, les chantiers participatifs de construction ou d’amplification du vivant, les pratiques relationnelles en art, les démarches de recherches collectives en agroécologie comme celle de l’atelier paysan ou du groupe blé de l’ADDEAR, sont pour nous des exemples inspirants.
À ces endroits, l’artiste et la/le designer jouent par leur travail un rôle de catalyseur des relations. Ils participent à la mise en forme de ce que Bruno Latour appelle les parlements des choses, même selon lui de trouver résolution à des problèmes communs. Par exemple, en créant des lieux de rencontre entre les parties prenantes humaines et parfois non-humaines d’un projet d’aménagement, en documentant et en représentant les spécificités des modes d’habiter alternatifs respectueux de l’environnement, en concevant et en animant des chantiers de construction participative…
On peut citer dans le domaine les parlements de Loire ou bien les travaux de Feda Wardak dans la forêt de Bondy à Clichy Montfermeil, sinon encore le travail de documentation des Castors de Suzane Husky ou Carton plein avec les projets vieillir vivant.