Séparer la nature de leur culture

Delphine Hyvrier
CONFÉRENCE
Des Terres
6JANV.26
Amphithéâtre de l'ENSAD Dijon · 18h

Une enquête sur l’architecture et le design moderne comme outils d’écocide et d’amnésie environnementale

DH, Lac du Chevril 2022

Le mode de vie occidental est celui par lequel a priori vous et moi vivons. Il est défendu comme porteur de progrès universel pour la qualité de vie qu’il permet. Ce mode de vie a été imaginé, designé par plusieurs générations d’architectes et designers modernes depuis le début de l’ère industrielle.  C’est aussi celui qui, depuis plusieurs décennies est unanimement désigné comme la raison pour laquelle nous vivons d’une culture de la surconsommation qui détruit irrémédiablement les écosystèmes dont nous avons besoin, bouleverse le climat et génère une misère sociale mondiale inédite. Pour comprendre ce paradoxe, j’ai essayé de raconter la modernité par son envers : par ses marges, par ce sur quoi et sur celleux elle s’est construite.

J’ai enquêté dans deux lieux : Kourou, en Guyane française, et Tignes, dans les Alpes de Savoie. Ces communautés vivaient de l’agriculture de subsistance, un mode de vie basé sur l’interdépendance avec le milieu où elles vivaient.  Les habitant.e.s ont été relogé.e.s dans des appartements standardisés, modernes, et ont dû changer leur façon de vivre, leur culture. À Kourou et à Tignes, ces projets ont étés à court, moyen, long terme des catastrophes sociales, écologiques et poétiques.  Ce constat implique de confronter le projet moderne à son héritage extractiviste et l’idéologie coloniale suprémaciste le sous-tendant. Cela revient aussi à documenter la façon dont toutes les alertes et luttes écologiques et sociales données par des scientifiques, artistes, habitant.e.s, travailleur.se.s ont été silenciées et ignorées depuis le début du colonialisme européen et ses monocultures mortifères comme depuis l’industrialisation capitaliste. Retracer comment ont été oubliées les cultures paysannes fait considérer le design et l’architecture modernes comme des processus créatifs par lesquels on détruit en construisant. L’exclusion, l’altéricide, l’écocide sont des modes de construction : l’architecture et le design peuvent être des outils d’amnésie collective.


Informations pratiques

Conférence gratuite, ouverte à tous·tes
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