Des corps à l’heure de l’anthropocène
Une proposition de Patricia Brignone, accompagnée de Martine Le Gac, et Frédéric Seguette et Mélanie Garziglia, Le Dancing CDCN Dijon Bourgogne-Franche-Comté

Hoh Rain Forest, 2024 © Justin Morrison
Propos général de la journée d’étude
Loin d’être insensibles au constat généralisé d’une Terre en souffrance, les artistes ont su s’inscrire dans un positionnement face aux urgences d’une nature et d’un monde malmenés (Gustav Metzger dès les années 1950 en Angleterre parmi ces artistes pionniers, Joseph Beuys affilié au parti des Verts – Die Grünen – dès leur apparition en Allemagne, ou encore Loïs Weinberger « artiste, botaniste, archéologue »).
Les chorégraphes ne font pas exception avec, depuis des décennies, une écoute de la nature jusqu’à des engagements éco-politiques significatifs. Rudolph von Laban et la constellation d’artistes réunie dans la communauté de Monte Verità, au début du XXe siècle, ou Isadora Duncan imprégnée des mouvements de l’océan Pacifique où elle vivait, ont ouvert la voie. Le cours de l’histoire des années 1960, et au-delà, verra par la suite émerger des personnalités marquantes dont Anna Halprin et sa conception d’un plateau de danse (dance deck) construit par son mari architecte paysagiste dans la forêt de séquoias de leur maison de Californie (attirant quantité d’artistes de Merce Cunningham à John Cage), mais aussi à l’origine également du rituel Circle the Earth.
En France, des collaborations comme celle de Régine Chopinot avec le plasticien Andy Goldsworthy, née de la nécessité de « retrouvailles avec l’arbre que je suis »[1] (selon ses mots), fera pleinement sens au regard de l’évolution de notre perception du monde sensible.
Cette aimantation revêt aujourd’hui plus que jamais des aspects aux accents de conscientisation de l’état du monde et du besoin de se reconnecter à lui.
Les expériences partagées dans le cadre de l’Atelier de recherche et de création (ARC), initié en 2020 par l’ENSAD Dijon (École nationale supérieure d’art et design de Dijon), Martine Le Gac et moi-même accompagnées d’étudiant·es, en partenariat étroit avec Le Dancing (CDCN – Centre de développement Chorégraphique national – Dijon Bourgogne Franche-Comté), témoignent d’approches multiples privilégiant un rapport réinventé à la nature.
Un aperçu de ce large prisme de façons d’être au monde, formulées en gestes et autres médiums au gré des chorégraphes invité.e .s, sera proposé lors de cette journée. Ainsi, nous transiterons du mythe de la forêt lié à des formes d’ensauvagement (Lenio Kaklea) à l’inscription de soi dans le paysage et l’environnement (Laurent Pichaud et sa pratique de l’in situ ou Mathias Poisson en qualité d’artiste promeneur), via l’héritage de grandes figures de la modernité en matière de pensée fondatrice de l’éco-féminisme (Anne Collod).
Bien d’autres exemples pourraient éclairer ces modes d’interagir, si l’on songe aux gestes premiers tel que « construire un feu » (imaginé par Le collectif La Tierce), à l’aspiration à puiser dans des mythes anciens pré-inca, revisitant l’idée du rituel et du collectif (Marcela Santander Corvalan), approchées lors de nos séances d’ARC.
Ces problématiques prolongent à leur manière la réflexion engagée par Frédéric Bonnemaison, créateur en 1999 du festival Entre cour et jardins en Bourgogne, attaché à l’idée de faire du jardin un espace scénique et d’ « expérimenter des lieux de nature »[2]. C’est cet événement avec ses ouvertures (aujourd’hui porté par le CDCN, Le Dancing), qu’évoqueront Frédéric Seguette, son directeur et Mélanie Garziglia, à ses côtés, dans l’engagement qui est le leur.
Patricia Brignone
[1] Régine Chopinot, à propos de Végétal, Programme du festival Sigma 31, Bordeaux, nov. 1995. Scénographie conçue en collaboration avec l’artiste sonore danois Knud Viktor.
[2] Frédéric Bonnemaison cité par Léa DUFOURD, « Entre cour et jardins », Libération, 25 août 2008 (https://www.liberation.fr/culture/2005/entre-cour-et-jardins_78590/)
Informations pratiques
Journée d’étude ouverte à tous·tes
Visiteurs extérieurs : inscription obligatoire via ce formulaire
Programme
Déroulé de la journée
9h – Café d’accueil
9h15 -Mot de bienvenue
Leïla Ziadi, directrice des études et de l’international
Ouverture de la journée
Patricia Brignone, Martine Le Gac, Frédéric Seguette et Mélanie Garziglia
9h40 – Des pratiques cosmo-sensibles
Patricia Brignone
10h15 – Fauve : une enquête sur l’imaginaire de la forêt
Lenio Kaklea
10h45 – Pause / Échanges avec le public
11h – Entre corps et jardins : un festival à la lisière de l’anthropocène
Frédéric Seguette et Mélanie Garziglia
11h30-12h15 – Table ronde et échanges avec le public
–
14h – reprise
14h15 – Les effets de la danse située
Martine Le Gac
14h50 – Traversée en images des deux derniers spectacles de Jérôme Bel : Danses non humaines et Recommencer le monde (des créatures extraordinaires)
en collaboration avec Estelle Zhong Mengual
15h10 – pause / échanges avec le public
15h30 – Quitter l’anthropo-scène ?
Laurent Pichaud
16h- 16h20 – Table ronde – Conclusion et échanges avec le public
16h30-17h – Brève proposition de pratique immersive avec Laurent Pichaud
17h-17h30 – clôture / échanges / remerciements