«DÉPLACÉES» : Les circuits invisibles de la précarité
Des hommes et des femmes en situation de précarité sont relégués en dehors des métropoles, dans lesquelles les prix du foncier les ont rendus indésirables. Qui sont ces personnes ? D’où viennent-elles ? Pourquoi ont-elles été contraintes de se déplacer ?

À rebours de l’exode rural qu’elle a connu pendant la seconde moitié du xxe siècle, la France voit depuis une vingtaine d’années des populations se déplacer, souvent malgré elles, depuis les grandes villes vers les campagnes. Des hommes et des femmes en situation de précarité sont relégués en dehors des métropoles, dans lesquelles les prix du foncier les ont rendus indésirables. Qui sont ces personnes ? D’où viennent-elles ? Pourquoi ont-elles été contraintes de se déplacer ? C’est pour répondre à ces questions et comprendre des processus de relégation inédits que le photographe documentaire Jean-Robert Dantou a mené une recherche de cinq années sur ces circuits invisibles de la précarité.
Les mécanismes politiques et socio-économiques menant à l’éloignement des classes populaires des centres urbains sont ordinairement analysés depuis les métropoles, le point de départ, et les enquêtes perdent de vue les personnes concernées une fois qu’elles ont été déplacées. Dans cette conférence, le photographe présente une recherche qui s’est déployée depuis un point d’arrivée, pour décrire ce à quoi sont confrontées les personnes une fois qu’elles ont été expulsées, déplacées, orientées. Le lieu d’arrivée choisi pour l’enquête est la ville de Tonnerre, dans le département de l’Yonne, une des centaines de petites villes rurales qui subissent les conséquences de la désindustrialisation. Le chômage ayant accéléré le départ de nombreux habitants des bourgades en déclin, beaucoup de logements sont laissés vacants.
L’enquête, menée auprès d’une quarantaine d’habitants arrivés récemment par des voies de précarisation et s’appuyant principalement sur un travail de portraits et d’analyse des trajectoires résidentielles, a permis d’identifier différentes filières de déplacements contraints, passant à la fois par des voies informelles et institutionnelles, notamment le 115, la psychiatrie et la prison.
Le photographe reviendra sur les photographies, les textes ethnographiques, les extraits d’entretien et les images d’archive qu’il a recueillis au cours de cette Recherche-Création, construisant une multiplicité de relations pour analyser de manière polyphonique un mécanisme social complexe.
Intervenant
Né à Paris en 1980, Jean-Robert Dantou est photographe documentaire, membre de l’Agence VU’, docteur en sciences sociales et chercheur au Centre Maurice-Halbwachs. Issu d’une double formation de photographe à l’École nationale supérieure Louis Lumière et de sociologue à l’ENS-EHESS, il a enseigné la photographie documentaire au département d’Histoire et de Théorie des Arts de l’École normale supérieure et réalisé une thèse de doctorat SACRe au sein de Paris Sciences et Lettres.
Explorant depuis une dizaine d’années les interactions entre photographie documentaire et sciences sociales, il travaille sur des problématiques liées à la santé mentale, aux migrations et aux mondes ruraux. Co-directeur en 2020 de l’ouvrage collectif Pour une alliance entre photographie et sciences sociales, il est l’auteur de plusieurs ouvrages photographiques, notamment Les murs ne parlent pas aux éditions Kehrer Verlag (2015) pour lequel il a été lauréat du Prix du Livre de Photographie de l’Année dans la catégorie internationale au festival PhotoEspaña 2016. Il a été lauréat en 2023 de la grande commande nationale « Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire » financée par le ministère de la Culture et pilotée par la BnF.
Thèse de doctorat
À balles réelles – photographie documentaire et ethnographie réflexive
Cette exposition repose sur une thèse de doctorat menée à l’ED540 et au Centre Maurice-Halbwachs (CNRS-EHESS-ENS-INRAE) au sein des départements Sciences sociales et Arts de l’École normale supérieure, dans le cadre du programme doctoral Sciences Arts Création Recherche de PSL, sous la direction de Florence Weber (ENS), Philippe Askenazy (CNRS) et Christian Joschke (ENSBA).
À balles réelles – photographie documentaire et ethnographie réflexive est composé d’un tapuscrit de 684 pages et d’une exposition présentée à l’Hôtel Cœurderoy de Tonnerre du 1er au 30 juin 2024. La thèse a été soutenue le 11 juin 2024 à l’École des beaux-arts de Paris et a obtenu les félicitations du jury, lequel était composé, outre la direction de thèse, de Nicolas Renahy (directeur de recherche, INRAE), rapporteur ; Arno Gisinger (maître de conférences, université Paris 8), rapporteur ; Corinne Gaudart (Directrice de recherche, CNAM), examinatrice ; Nathalie Delbard (professeure des universités, université de Lille), examinatrice.
Le projet de recherche a obtenu le soutien financier des institutions suivantes : le Centre Maurice-Halbwachs (CNRS), le Laboratoire SACRe (ED7410), la DRAC Nouvelle Aquitaine, la DRAC Bourgogne Franche Comté, l’Agence nationale de la cohésion des territoires (Programme POPSU Territoire), la Caisse nationale des allocations familiales, le ministère de la Culture (dans le cadre de la grande commande nationale « Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire » pilotée par la BnF), la commune de Tonnerre, le Conseil départemental de l’Yonne, la région Bourgogne Franche-Comté, la région Nouvelle Aquitaine (programme Cultures connectées-PNV 2023), la Fondation hospitalière pour la recherche sur la précarité et l’exclusion sociale (projet lauréat de l’appel à projet 2021 / 2022 « Grande pauvreté et actions contre la grande pauvreté »), l’Ugecam et le Groupe SNCF immobilier.
Informations pratiques
Conférence gratuite, ouverte à tous·tes
Visiteurs extérieurs : Réservation conseillée en utilisant l’adresse suivante: communication@ensa-dijon.fr .