David Dana
Ma pratique s’inscrit dans une volonté de limiter l’empreinte émotionnelle déposée sur la toile. C’est un geste d’écologie de l’émotion, qui rompt, avant même sa naissance, l’attachement sentimental entre le spectateur et l’oeuvre. L’objectif est d’essentialiser au sens premier du terme, le motif sur la toile afin qu’il ne se perde pas dans une polysémie interprétative, en le réduisant à une seule de ses dimensions dans un processus d’effacement : vous voyez ce que vous voyez, une peinture inanimée, étouffée par des impressions successives sérigraphiées à l’encre. Il n’y a pas de récit ni de témoignage. Uniquement de la matière inerte et sèche comme Le Bœuf écorché de Chaïme Soutine, sans les odeurs ni le sang.
Je fais appel aux déchets : tâches, coulures et accidents d’origines picturales ou organiques. Cette assimilation volontaire à des phénomène dégradants constitue l’instrument qui me permet d’accéder à une vision singulière : au ras du sol. Mon travail parle de forme, de couleur, de superposition, d’effacement, et malgré moi, de sentiments, d’autant plus visible qu’ils sont dissimulés et à apparement absents.